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"Once Upon a Quilt":  Diane de Obaldia ou la couture comme culture 
Pour qui veut retrouver une part d'Amérique à Paris à travers l'un de ses plus forts emblèmes culturels qu'est le patchwork, il suffit de se rendre au lieu dit "Le Rouvray", non loin des quais de Seine, derrière Notre-Dame. 
Université Paris Dauphine | Géraldine Chouard, Maître de Conférences 
C'est là que Diane de Obaldia a recréé un univers placé sous le signe de la couture et de la culture de son pays d'origine, qu'elle incarne avec couleur et éclat.

Cet espace magique, lieu d'expositions permanentes de quilts anciens et modernes est depuis près de quarante ans le temple du patchwork, où l'on trouve, outre les tissus et autres articles de mercerie destinés à leur réalisation, des ouvrages français et américains sur la pratique ainsi qu'une mine d'informations sur les événements qui lui sont liés. Connu et reconnu en France et au-delà, en Europe et aux Etats-Unis, "Le Rouvray" est un lieu d'échanges et de partage, où se rencontrent habitués et gens de passage que Diane de Obaldia accueille avec un sens de l'hospitalité, évoluant avec grâce parmi les étoffes, son élément naturel.

L'histoire de sa passion pour le patchwork remonte à son enfance américaine: c'est en effet sa grand-mère du Tennessee qui fit à l'époque son initiation à la couture en général et à l'art du quilt en particulier dans une région où la pratique était une tradition que les femmes se transmettaient entre elles.
Depuis cette période, Diane de Obaldia est restée attachée au monde du textile, sous des formes variées. Originaire du Michigan, elle fit ses études à Chicago, où elle exerça d'abord comme styliste. C'est alors qu'elle décida de voyager en Europe, pour découvrir de nouvelles modes et traditions.

Une fois installée en France, Diane de Obaldia poursuivit son parcours dans le monde de la couture, et plus précisément de la haute couture. Repérée par Coco Chanel, elle devint tout d'abord mannequin pour la célèbre maison avant de travailler chez Dior, puis de collaborer avec Pierre Cardin. Pour Diane de Obaldia, ce fut un honneur de présenter les collections de ces grands noms de la mode française à travers l'Europe. Il faut croire que c'est de cette époque qu'elle a acquis une conviction profonde de la valeur du textile en tant que tel dans la culture d'un pays, qu'elle a ensuite choisi de diffuser à travers le patchwork américain.

Après la haute couture et avant les quilts, Diane de Obaldia se consacra à la décoration d'intérieur. C'est en Normandie, où elle vivait alors, qu'elle s'intéressa aux arts populaires locaux. Elle se mit à rassembler pour des amis américains meubles anciens et objets de style et devint antiquaire. Sa boutique, ouverte dans une ferme du Moyen-âge, le "Rouvray" (du vieux français, "rouvre", qui signifie "chêne"), était un peu austère, et c'est alors que lui est venue l'idée d'y exposer des quilts, rapportés de ses voyages aux Etats-Unis. Ce mariage de mobilier français et de textiles américains (à l'image de sa propre histoire) fit sensation et lui valut les honneurs de la presse. Certains décorateurs, parisiens cette fois, empruntèrent certains de ses quilts pour présenter leurs collections, tandis que les visiteurs du Rouvray ne cessaient de l'interroger sur ces compositions textiles si originales à leurs yeux. La France commençait alors à prendre goût au patchwork.

Un événement culturel fut alors décisif. L' exposition de quilts anciens par Jonathan Holstein, qui avait connu un très grand succès au Whitney Museum de New York fut montrée au Musée des Arts décoratifs de Paris (en 1972), où elle suscita beaucoup d'intérêt, à une époque où la mode était au retour des choses artisanales, que chacun pouvait réaliser. C'est alors que Diane de Obaldia décida de transférer son activité à Paris. L'implantation du Rouvray dans la capitale permettait une plus large diffusion de cet emblème de la culture américaine. Ce fut un excellent choix.

En effet, tout est reparti de cette caverne d'Ali-Baba. Tous ceux qui se sentaient concernés par le patchwork (et ils furent au fil des années de plus en plus nombreux) en firent une étape dans leur pèlerinage. Loin de se limiter à  montrer des pièces exceptionnelles qui continuaient de lui arriver des Etats-Unis (la collection en comptait jusqu'à 300), le talent de Diane de Obaldia fut de mettre les femmes au travail, et de recréer en France les fameuses quilting parties des pionnières d'Amérique.

Professeurs français et étrangers (Marie-Christine Flocard, Soizick Labbens, Cosabeth Parriaud, Sophie Campbell) sont ainsi venus tour à tour animer des ateliers ou workshops, lors desquels les femmes réalisaient des modèles classique du répertoire, comme par exemple Nine Patch, Log Cabin, Star of Bethlehem, Trip around the World,  ou encore Dear Jane, célèbre modèle de la Guerre de Sécession. Divers spécialistes du quilt, tels que Michael James ou Jinny Beyer vinrent rendre visite et animer certains de ces ateliers.

A en croire les témoignages des uns et des autres, le talent de Diane de Obaldia fut de mettre le patchwork à la portée de toutes et de permettre aux Françaises qui s'initiaient à la pratique de découvrir l'Amérique et son histoire. Infatigable, elle n'hésitait pas à reprendre une explication, à expliquer pourquoi Log cabin venait des cabanes de rondins dans lesquelles vivaient les premiers pionniers, ou à apprendre à identifier tel ou tel tissu, pour comprendre l'origine du quilt. Et dans la mesure où le patchwork est affaire de partage et de métissage, les femmes ont librement échangé méthodes et moyens, n'hésitant jamais à réactualiser un modèle américain traditionnel pour l'adapter au goût du jour, avec de la toile de Jouy, du vichy ou des imprimés provençaux pour des confections personnelles. C'est là le caractère démocratique de cette pratique, que Diane de Obaldia s'est employée à diffuser autour d'elle, offrant à tout un chacun la liberté de se réapproprier le patrimoine culturel américain selon son choix.

Consciente du succès que rencontrait la vogue du patchwork, à la fin des années 1970, l'Ambassade américaine, et plus particulièrement M. Van Galbraith, en poste à l'époque, contacta Diane de Obaldia pour monter avec elle une exposition de quilts destinée à circuler dans toute la France. Qui d'autre mieux qu'elle pouvait s'associer à cet ambitieux et généreux projet ? Durant deux ans, cette exposition fit le tour de France dans les musées et les maisons de la culture de Province (de Rouen, Strasbourg, Nancy, Biarritz, entre autres) et fut l'occasion d'événements auxquels se joignaient volontiers les personnalités des consulats locaux. Comme en témoignent les très nombreux documents de l'époque (dont les quelques spécimens ici joints donnent un aperçu), la presse couvrit abondamment cette exposition itinérante, et c'est ainsi que les quilts eurent l'honneur d'être hissés au rang d'œuvres d'art, photographiés comme tels dans les reportages. Vraie ambassadrice du patchwork américain, Diane de Obaldia fit le déplacement avec les quilts, heureuse de pouvoir montrer à un nouveau public les plus belles pièces de sa collection.

Actuellement, plus de trente ans après cette période si bouillonnante qui en consacra la découverte, le patchwork est bien implanté en France, et c'est à Diane de Obaldia qu'on le doit en très grande partie. Des associations, notamment France Patchwork  ont pris le relais du Rouvray et organisent régulièrement des concours et conférences sur une grande variété de sujets. Diane de Obaldia y contribue et fait de temps à autres l'objet d'un nouveau reportage, comme c'est le cas en 2006.

En tant qu'universitaire (Maître de conférences à Paris-Dauphine), spécialiste des arts visuels américains, j'ai eu l'occasion de rencontrer Diane de Obaldia à plusieurs reprises et de l'interroger sur tel ou tel aspect de la tradition du patchwork. J'ai bien sûr apprécié sa compétence d'historienne des arts populaires qui a fourni de précieuses clés d'interprétation de cette pratique unique en son genre. Toujours prête à se mettre au service de la culture américaine, Diane de Obaldia a accepté de figurer dans un court-métrage intitulé Couleur(s) d'Amérique que j'ai eu l'occasion de réaliser en 2004, avec ma collègue Anne Crémieux (Maître de conférences à l'Université Paris X Nanterre) qui a été diffusé au congrès annuel de l'Association Française d'Etudes Américaines, puis à l'Ecole Normale Supérieure de Paris (Ulm), ainsi que dans diverses universités françaises et américaines. Lors d'une récente visite au Rouvray, en avril 2008, une équipe de tournage était sur place, pour réaliser un documentaire sur les Américains implantés à Paris: il n'était guère surprenant qu'une figure de proue telle que Diane de Obaldia ait été choisie pour en faire partie. Cette émission a été diffusée sur la chaîne TV5 Monde en mai 2008.
 
Dès que Diane de Obaldia a appris l'initiative de l'Ambassade américaine d'une nouvelle exposition de quilts en 2008, elle s'est réjouie de cette nouvelle, et a ressorti pour l'occasion ses albums de l'époque, témoignant en soi de la longévité de cette expression artistique.
"Ici nous parlons le patchwork" dit une affiche dans sa boutique. Grâce à Diane de Obaldia, la langue du patchwork est devenue une sorte d'espéranto qui rappelle à chacun que couture rime avec culture mais aussi avec aventure. Commencée comme un conte de fée, son parcours placé sous le signe du patchwork est rentré dans l'histoire.

© Diane de Obaldia, collection privée 
Diane de Obaldia - © Diane de Obaldia, collection privée 

© Diane de Obaldia, collection privée
Modèle de patchwork - © Diane de Obaldia, collection privée

 
 
La passion de Diane de Obaldia pour les arts textiles ne s'est pas éteinte au fil des années. Ainsi, lors du passage à Paris en 2007 d'une artiste afro-américaine textile, Riché Richardson, sur laquelle nous réalisions un nouveau documentaire (Anne Crémieux et moi-même) pour le compte du Rosa Parks Museum de Montgomery, en Alabama, nous nous sommes rendues au Rouvray, où l'échange entre ces deux grandes dames du patchwork fut riche et fructueux. Très au fait de ce qui se passe aux Etats-Unis dans le domaine des arts afro-américains, Diane de Obaldia montrait autour d'elle les dernières publications autour de Gee's Bend, événement majeur de ces dernières années en la matière.


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