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Marcel Duchamp
Marcel Duchamp fut un artiste franco-américain actif dans le domaine de la peinture, de la sculpture, et dans le cinéma. Son œuvre est rattachée au dadaïsme et au surréalisme. Par ses pratiques radicales, il influença le développement de la totalité de l’art occidental après la Première Guerre Mondiale.  Consultant personnel de grands collectionneurs de l’art moderne tels Peggy Guggenheim, Alfred Barr, et James John Sweeney, il joua un rôle décisif dans la formation des goûts des milieux artistiques pendant cette époque.
The Arts Arena | Harriet Lye, traduit de l'américain par Robert Fitzpatrick
Né à Blainville-Crevon en 1887, Duchamp fit de nombreux voyages entre Paris et New York pendant la plus grande partie de sa vie. Il devint citoyen des Etats-Unis en 1955.  Espiègle et fantasque, il avait bouleversé les pratiques artistiques conventionnelles et les définitions de l’art contemporain, y compris même sa fabrication et sa commercialisation.  Pendant les années 1910, grâce à sa création de séries « ready-made » constituées d’objets de tous-les-jours choisis pour leur « apparence pure et indifférente », il ouvrit la voie aux mouvements et pratiques d’une avant-garde radicale.  Par la désignation d’un urinoir comme « œuvre d’art » intitulé « Fontaine », il fit exploser le monde artistique du 20ème siècle.  Malgré sa propre production d’œuvres d’art en quantité relativement faible,  il parcourut rapidement les cercles d’avant-garde de son temps.

Tous les mouvements artistiques qui utilisent les objets de la vie quotidienne – soit pour enchanter, soit pour choquer comme les Surréalistes ; ceux qui « flattent même poétiquement la société consommatrice » qui la critiquent ou qui y font allusion comme les Artistes Pop et les Néo-réalistes ; voire le mouvement Fluxus qui réconcilie l’art et la vie – tous doivent remercier Duchamp pour avoir été le premier à transgresser les mœurs académiques bien établies. Duchamp dépassa les bornes des disciplines traditionnelles en favorisant l’usage et l’incorporation de n’importe quel objet, avec ou sans transformation artistique.  Il croyait que l’objet devient « manufacturé » simplement quand on le saisit de sa circonstance d’origine afin de le réinstaller dans le cadre d’un studio ou dans un espace-musée.  De l’élévation de l’objet « ready-made » au niveau « objet d’art » et l’artiste et l’observateur sont complices.  Duchamp affirmait que « l’acte créateur n’est pas accompli uniquement par l’artiste. Le spectateur met l’œuvre en contacte avec le monde extérieur au moyen de son décryptage et de son interprétation des qualités innées ; donc il ajoute ses propres contributions à l’acte créateur. »

En plus d’une revalorisation de l’objet banal à travers son art, Duchamp interpellait et contestait les théories esthétiques. Une des réponses à son questionnement fut l’émergence, dans les années 1970, du conceptual art.  Duchamp fut l’artiste moderne qui questionna plus directement la nature de l’art.  Il suivait la tradition de l’artiste intellectuel à la manière de Leonardo de Vinci en anticipant les questions autoréférentielles sur lesquelles Joseph Kosuth allait enquêté plus tard.
Duchamp cita sa famille créatrice comme sa principale influence artistique.  Il fut le troisième de six enfants, dont quatre sont reconnus comme artistes : les peintres Jacques Villon et Suzanne Duchamp, le sculpteur Raymond Duchamp-Villon, et Marcel, sans doute le plus célèbre. Son frère ainé Jacques fut le véritable mentor artistique de Marcel ; comme débutant Marcel essaya d’imiter « le style fluide et incisif »  de son frère.  A 14 ans, ses premiers essais artistiques sérieux furent des dessins et des aquarelles de sa sœur Suzanne.

Marcel étudia le dessin académique avec un professeur qui « tenta de protéger ses élèves sans succès de l’Impressionisme, du Postimpressionnisme, et d’autres influences avant-gardes. »  Après ses études à Rouen, Duchamp continua sa formation à Paris où il fréquenta l’Académie Julian de 1904 à 1905.  Pendant cette période Duchamp créa et vendit des bandes dessinées grivoises qui jouaient sur les calembours visuels et verbaux.  Le jeu entre mots et symboles demeurait un thème qui piquait son imagination et qui imprégnait ses pratiques artistiques pendant toute sa carrière.

Il fut toujours inspiré par ses frères qui lui fournirent un important esprit de communauté.  Grâce à la participation de Jacques à la prestigieuse Académie royale de peinture et de sculpture, l’œuvre de Marcel Duchamp fut exposée au Salon d’Automne 1908.  L’année suivante au Salon des Indépendants, le critique Guillaume Apollinaire, avec qui Duchamp développerait un rapport bien amicale plus tard, jugea les nus de Duchamp comme « très laids. »  En 1911 chez Jacques Duchamp à Puteaux, les frères organisèrent régulièrement des rencontres, connues sous le nom Puteaux Group, qui rassemblaient des artistes et des écrivains tels que Picabia,Robert Delaunay, Fernand Léger, Roger de la Fresnave, Albert Gleizes, Jean Metzinger, Juan Gris, et Alexander Archipenko.  Apollinaire surnomma la production du groupe « Orphique Cubisme » à cause de leur mise au point sur l’abstraction pure et les couleurs vives.

Duchamp ne s’intéressa pas à la gravité cubiste et rejeta leur concept de la matière visuelle.  Il indiqua, en revanche, l’œuvre du peintre Symboliste Odilon Redon, dont l’approche de l’art parut discrètement individualiste plutôt que vivement antiacadémique, comme le plus influent sur son œuvre durant cette période.  Plus tard en 1912, Duchamp expérimenta avec le Cubisme syncrétistique dans son tableau Nu descendant un escalier no.2 en ajoutant une suggestion de mouvement par l’utilisation des images répétées inspirées par le dynamisme des Futuristes.  Il s’intéressa  au « mouvement démêlé » plutôt qu’au but cubiste de l’espace déstructuré.  Après que Duchamp eut présenté ce tableau au Salon des Indépendants des cubistes, le juré Albert Gleizes estima l’œuvre tellement scandaleuse qu’il suggéra aux frères Duchamp ou la rétraction du tableau du concours, ou sa réfection, ou un changement de titre au minimum.  Duchamp le refusa : « Je n’ai rien dit à mes frères mais je suis allé sur le champ à l’exposition et j’ai pris mon tableau chez moi dans un taxi.  C’était vraiment un moment charnière de ma vie, je vous assure.  J’ai su que les groupes ne m’intéresseraient pas énormément après tout. »

Par la suite il soumit Nu descendant un escalier no.2 à l’Armory Show 1913 à New York qui exposa les œuvres d’artistes américains, première vitrine majeure des tendances modernes parisiennes aux Etats-Unis.  Les spectateurs américains, habitués au réalisme, furent choqués par une controverse qui se centra pour la plupart sur le Nu de Duchamp.  Ce scandale éleva le statut de Duchamp et grâce à la vente de quatre tableaux, il put financer son déménagement à New York en 1915 où il devint une célébrité.  Il y fonda la Société Anonyme avec Katherine Dreier et Man Ray, le début d’un engagement à vie en tant que collectionneur et vendeur d’objets d’art.  Vers 1920, Duchamp et Man Ray collaborèrent à un autre projet : les photographies de Rrose Sélavy prises par Man Ray et disséminées dans le milieu artistique.  Le nom, un pseudonyme de Duchamp,  fut un jeu de mot sur une phrase en français « Eros, c’est la vie. » Pendant les années 1920, Man Ray et Duchamp collaboraient encore aux photos de Sélavy, un nom avec lequel Duchamp signa ensuite plusieurs de ses créations, y compris une sculpture Why Not Sneeze Rrose Sélavy ?.

Ce fut à New York que Duchamp développa ses œuvres les plus célèbres : The Large Glass (La grande verrière) qui incorpore sa curiosité en la physique, le hasard, et les mathématiques ; et Fountain, son « ready-made » le plus connu.  Duchamp s’évadait souvent du monde artistique. En 1918, par exemple, il séjourna en Argentine pour jouer aux échecs, un jeu qui reste une clef importante pour comprendre la position de Duchamp envers sa carrière artistique, surtout en raison de son « endgame (fin de partie). »  Il constata que « les pièces sur l’échiquier sont l’alphabet en bloc qui encadre nos pensées ; et ces pensées, bien qu’elles s’appuient sur la forme visuelle de l’échiquier, expriment leur beauté abstraitement, comme un poème…j’en arrive à la conclusion personnelle : bien que tous les artistes ne soient pas joueurs aux échecs, tous les joueurs aux échecs sont artistes. »  En 1968, Duchamp joua aux échecs avec le compositeur John Cage au concert intitulé Reunion pendant lequel « musique était produite au moyen d’une série de cellules photoélectriques au dessous de l’échiquier, déclenchées sporadiquement par le jeu normal. »

De retour à Paris en 1923, Duchamp ne fut plus effectivement un artiste pratiquant. Néanmoins, il continua d’être impliqué dans la sphère artistique en tant que consultant privé aux grands collectionneurs d’art.  En outre il collaborait avec Henri-Pierre Roché et Béatrice Wood afin de publier un magazine Dada à New York intitulé The Blind Man (L’Homme Aveugle) dans lequel le Dadaïsme eut un ton moins sérieux que son homologue européen.  Les Surréalistes souhaitaient créer une exposition cohésive (un vrai acte créateur, lui-même) et ils demandèrent à Duchamp de la réaliser. Il monta l’Exposition Internationale Surréaliste de 1938 à la Galerie des Beaux-arts à Paris.  Après maints allers-retours Paris-New York entre 1925 et 1942, Duchamp demeura définitivement dans le Greenwich Village de la ville de New York à partir de 1942.

La renommé de Marcel Duchamp crût après la Deuxième Guerre Mondiale.  Pendant les années 1950, une nouvelle génération d’artistes américains, comprenant notamment Jasper Johns et Robert Rauschenberg, fuit le mouvement dominant d’Expressionnisme Abstract et reconnut Duchamp en tant que précurseur de leur engagement esthétique comme Néo-Dadaïstes.  Duchamp fut en plus membre de l’Oulipo, un groupe d’écrivains.

Duchamp commença son travail comme une quête privée.  Par conséquent, la plupart de ses « ready-mades » disparurent pendant ses déménagements en chaîne.  En 1964 la Galerie Schwartz à Milan travailla avec lui afin de recréer huit de ses œuvres « ready-made » et il n’y a que ces recréations qui sont devenues des œuvres de référence. La reproduction de cette série déclencha une nouvelle polémique au sujet d’un concept central à l’Histoire de l’Art : le terme original appliqué au « ready-made » était déjà mal compris ; et la reproduction d’un tel objet d’art « original » sonda cette question même plus profondément. Duchamp compliqua ce problème davantage à cause de sa signature sur plusieurs de ces œuvres reproduites : « Marcel Duchamp, Antique Certifié. » La réédition en 1964 de ses « ready-mades » compléta la propagation mondiale des œuvres de cet éminent artiste à jamais en avant-garde.

Marcel Duchamp mourut à Neuilly-sur-Seine près de Paris en 1968 et fut enterré à Rouen où sa stèle porte l’épitaphe : « D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent. »  Au Musée d’Art de Philadelphie aux Etats-Unis, il existe une exposition permanente de ses œuvres majeures parmi lesquelles Nu descendant un escalier no.2 et La grande verrière.
 
Bibliographie choisie
Arman, Yves. Marcel Duchamp plays and wins, Marcel Duchamp joue et gagne. Marval Press, 1984.
Cabanne, Pierre: Dialogs with Marcel Duchamp. New York: Da Capo Press, Inc., 1979
Gibson, Michael. Duchamp-Dada. Paris: Nouvelles Editions Françaises-Casterman, 1990.
Hulten, Pontus. Marcel Duchamp: Work and Life. Cambridge: The MIT Press, 1993.
Perret, Catherine. Marcel Duchamp, le manieur de gravité. Paris: CNDP, 1998
Sanouillet, Michel and Peterson, Elner, The Writings of Marcel Duchamp. New York: Da Capo Press, 1989. 
Seigel, Jerrold: The Private Worlds of Marcel Duchamp. Berkeley: University of California Press, 1995. 
Tomkins, Calvin: Duchamp: A Biography. New York: Henry Holt and Company, Inc., 1996.
 

  THE ARTS ARENA


 
Marcel DUchamp

 
Sélection d'oeuvres de Marcel Duchamp

Portrait of Chess Players (Portrait de joueurs d'echecs), 1911
Nude Descending a Staircase, No. 2 (Nu descendant un Escalier. No. 2), 1912
Neuf Moules Mâlic, 1914-1915
Bicycle Wheel (Roue de bicyclette), 1913/1964
Fountain (Fontaine), 1917/1964
The Bride Stripped Bare by Her Bachelors, Even. Often called The Large Glass, 1915-1923
50 cc of Paris Air, 1919
L.H.O.O.Q., 1919
Rrose Sélavy, photographs with Man Ray from 1920-21
Why Not Sneeze Rrose Sélavy?, 1921
Rotative plaques verre, 1920
Fresh Widow, 1920/1964
Obligation Monte Carlo, 1924
Rotoreliefs No. 11-12, 1935
La boîte-en-valise (Box in a Valise), 1936-1941/1968
Prière de toucher (Please Touch), 1947
Given: 1 The Waterfall, 2. The Illuminating Gas. (Etant donnés: 1. la chute d'eau/2. le gaz d'éclairage). 1946-1966



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