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Patrimoine >> Américains en France
Les Américains à Paris sous le régime nazi
Le 1er septembre 1939, lorsque l'Allemagne nazie envahit la Pologne, les touristes américains à Paris se ruent vers les agences de voyages pour rentrer chez eux d'urgence. Cependant, la plupart des membres de la communauté résidant à Paris ne s'émeuvent guère lorsque la guerre éclate. Et, bien que la publicité ait chuté dans l'édition parisienne du New York Herald Tribune, le journal des Américains à Paris, les abonnements plongent moins que prévu.
The American Library in Paris | Charles Robertson, professeur émérite de relations internationales à Smith College. Traduction de Laurence Moachon
Les institutions autour desquelles se regroupe la communauté américaine – Église américaine, Cathédrale américaine, Hôpital américain, Bibliothèque américaine, les innombrables clubs et associations de soutien – maintiennent leurs activités.

Leurs membres restent pour diverses raisons – profession, amour de la France, relations – mais aussi à cause d'une conviction très répandue à l’époque : on n’envisage pas que les Allemands puissent gagner cette guerre contre la puissante armée française et contre la marine et l'aviation britanniques. Au pire, une impasse aboutirait à des négociations de paix. Il y a donc peu de raisons de partir. En dépit d'épreuves mineures, la vie continue, en grande partie normalement. On ne s’imagine pas alors les épreuves beaucoup plus graves qui surviendront plus tard, du fait d'une occupation allemande prolongée.

Le 10 mai 1940, les Allemands lancent l'offensive qui change tout et dément les prévisions de chacun. Le 14 juin des soldats allemands entrent dans Paris où deux tiers de la population terrifiée a déjà pris la route de l'exode vers le sud.  Le 18 juin, le nouveau gouvernement français demande l'armistice. Il accepte les dures conditions allemandes, espérant que l'occupation allemande ne durerait pas et serait suivie d'un traité de paix qui laisserait une France affaiblie mais indemne. À Paris, le personnel de l'ambassade américaine met les propriétés américaines sous scellés pour s'assurer que les Allemands respectent les possessions d'une Amérique encore neutre.

Nombreux parmi les 3 500 Américains encore à Paris à ce moment-là ont déjà fui vers le sud avec d'autres Parisiens. Tandis que certains embarquent à bord de navires pour l'Amérique à Bordeaux, nombre d’entre eux retournent dans la ville occupée, pensant que la paix ramènerait rapidement les choses à la normale. Mais les Britanniques résistent, Hitler attaque la Russie et, en 1941, au milieu de l’année, la montée de la tension entre l'Allemagne et les États-Unis conduit à la fermeture des consulats américains. Davantage d'Américains quittent la ville.

Quatre jours après Pearl Harbor, et à la suite de la déclaration de guerre d'Hitler aux États-Unis, des commissaires allemands effectuent une rafle de 250 hommes américains âgés de 15 à 65 ans, qu'ils internent dans un camp près de Compiègne. Le 24 septembre 1942, 250 femmes du même âge subissent le même sort et sont internées dans la station thermale de Vittel. (Quelques-uns seront finalement relâchés, en grande partie grâce à l'intervention d'amis français haut placés. La Croix-Rouge française et le consulat suisse distribuent quelques fonds modestes aux familles de certains prisonniers et à des Américains coupés de leurs foyers.)

Ces arrestations réduisent la population américaine de Paris de 1200 à 700 personnes, lesquelles – à l'exception des plus riches et de quelques collaborateurs – commencent à connaître la faim, le froid et la nécessité de recourir au marché noir, comme les Parisiens, pour qui la vie est de plus en plus difficile. Les Américains qui restent doivent se présenter une fois par semaine à la préfecture de police ; certains rejoignent la résistance ; d’autres deviennent des collaborateurs notoires.

Le Herald Tribune avait fermé ses portes au moment où les Allemands étaient entrés dans la ville, mais la communauté, réduite, survit sous une forme amoindrie : tandis que la plupart des entreprises américaines ferment, quelques-unes fabriquent des produits pour les Allemands. Deux banques américaines restent ouvertes : la Chase et la Morgan (elles feront toutes deux l’objet d’investigations après la guerre pour leurs activités sous l'occupation). Quai d'Orsay, l'Église américaine, placée sous le contrôle du Conseil de l'Église protestante française, reste au service d'un nombre très restreint de fidèles ; en revanche, la Cathédrale américaine est réquisitionnée par les Allemands. En manœuvrant astucieusement la Bibliothèque américaine, quant à elle, réussit à rester ouverte, gardant sur ses rayons des livres bannis de toutes les autres bibliothèques et librairies de Paris par ordre de l'occupant. La Société d'Aide américaine survit sous une forme déguisée pour apporter de l'aide aux indigents. L'hôpital américain, placé sous les auspices de la Croix-Rouge française, continue lui aussi à fonctionner, donnant asile principalement à des soldats français blessés ou malades, mais aussi à quelques rares Américains.

Lorsqu’après des années de dures épreuves et de répression, arrive la Libération, le 25 août 1944, les quelques centaines d'Américains restés à Paris prennent part à l'accueil frénétique fait aux troupes françaises et américaines qui entrent dans la ville et au Général de Gaulle victorieux. Le Herald Tribune reparaît en décembre, alors même que la bataille des Ardennes fait rage dans le nord. Les internés américains libérés rentrent à Paris au compte-gouttes, cherchant un soutien auprès de la Société d'Aide américaine reconstituée. Mais à la joie de la Libération succède bientôt la désillusion. 
 
À la mi-janvier 1945, les rues de Paris -- un Paris sans charbon et manquant de nourriture -- sont recouvertes de 40 cm de neige, présageant la douloureuse et lente reconstruction d'une France ruinée.
 

  THE AMERICAN LIBRARY IN PARIS


 
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